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L'Acadie nouvelle

 

 

 

EN NOUS PARLANT D'AMOUR

David Lonergan

Il y a son sourire et ses yeux mutins quand elle va raconter une histoire. Il y a son épaule droite qui se soulève quand elle va chercher un effet sur son piano. Il y a cette voix qui sautille dans l'espace quand elle va pointer un aspect du texte. Il y a elle, Marie-jo Thério, assise bien droite sur le banc du piano: la salle Jeanne-de-Valois était comble tout comme les gens l'ont été, comblés, par ce simple et émouvant spectacle présenté dans le cadre des ECMA qui se sont terminés hier soir à Moncton.

Elle ouvre son spectacle dans le silence de sa voix. Elle, son accordéon; elle, un micro. Un guitariste, un bassiste dans l'attente. Et la salle. Comme des retrouvailles. La parenté, les amis, les amis des amis, les curieux, les fans. Une salle de tous âges, de tous horizons. Une salle comme on ne peut que rarement en voir puisque tout le monde était là. Et la raison de chacun d'être là faisait vibrer chaque chanson d'une façon particulière. On ne ressent pas les choses de la même façon selon que c'est notre fille qui chante, ou une pure étrangère, ou encore notre idole. Et selon que l'on ait dix ou soixante ans. Et puis, c'est aussi un événement rare que de s'apercevoir qu'une enfant de sa ville, de son coin de pays, cette enfant qui porte la même réalité que soi, a un talent qui dépasse, qui déborde, qui emporte, qui laisse sans mots. Et c'est encore plus envoûtant quand on constate qu'elle n'a pas fondamentalement changé, que l'on peut revoir en l'admirant l'adolescente ou la toute jeune femme qu'elle était quand elle est partie, là-bas, au loin, vers cette grande ville un peu brumeuse qui appelle et retient les «enfants» des régions «éloignées».

Il y avait beaucoup d'émotions dans cette salle, beaucoup de fierté. Chacun, j'en suis sûr, s'est trouvé une parenté avec celle qui suscitait rires, sourires et soupirs et chacun l'a fièrement dit à l'autre durant l'entracte ou après, alors qu'une lourde et douce neige enveloppait la ville et caressait notre mémoire. Alors, dans une telle atmosphère, en cette soirée de Saint-Valentin, quoi de plus naturel que d'entendre Marie-Josée demander à sa mère de venir chanter un rappel avec elle. La mère qui, m'a-t-on dit dès la sortie, aurait rêvé de chanter davantage, a chanté «Parlez-moi d'amour» tandis que sa fille l'accompagnait au piano et que la salle reprenait en choeur le refrain.

Entre ce rappel et le début, Marie-Josée nous a montré les multiples facettes du talent de Marie-jo. Des introductions qui prenaient l'allure d'amusants monologues dans lesquels la comédienne s'en donne à coeur joie, des chansons qui nous promenaient dans le vécu de l'auteure qu'elle est aussi et qui, toutes, étaient non seulement chantées mais «jouées». Là s'offre sans doute le plus grand talent de Marie-jo, dans cette capacité de créer pour chaque chanson un véritable univers. Et puis, elle manie bien la langue, elle utilise avec bonheur le chiac, elle vogue bien dans ses souvenirs, elle sait retenir « les mots à fleur de peau » comme elle le chante dans «Cocagne». Pour la soutenir, son piano et deux guitares : la basse fluide et inventive de Mario Légaré et la guitare tout en contrepoint de Sylvain Quesnel. Des instruments mis au service de la voix, et la voix au service du texte.

Elle est repartie, la Marie-Josée de Moncton. Elle est repartie vers son Montréal, vers la France, vers Marie-jo, elle qui voulait chanter et qui le peut alors que, peut-être, une autre femme, dans d'autres circonstances, n'a pas pu.

 

 

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